L’attaque espagnole avortée d’Alger (octobre 1541)
mercredi 27 août 2008
C’était la fin de la présence musulmane qui aura duré près de sept siècles durant lesquels ce beau pays du Bassin méditerranéen a vu bâtir sur ses terres l’une des plus belles civilisations dans le monde et dont on peur voir, jusqu’à maintenant, les vestiges à la gloire de l’Islam.
Mais toute chose a une fin, et les héritiers de Tariq ibn Ziyad devaient, la mort dans l’âme, s’exiler dans leurs pays d’origine – les pays de l’Afrique du Nord – dont ils étaient partis pour conquérir les terres ibériennes au tout début du VIIIe siècle. Pis, les Espagnols, après la découverte du Nouveau Monde, devinrent plus forts que jamais, enrichis par l’or du Pérou, des Aztèques et des Incas, qu’ils pillèrent effrontément et sans aucun état d’âme, se mirent à la poursuite des musulmans.
L’Espagne : grand Etat colonial et un empire Puissant
Ayant fondé un empire parmi les plus puissants de l’époque, qui englobait la plupart des contrées européennes et s’étendant de la Pologne jusqu’à la Hollande, de l’Allemagne jusqu’aux rivages de la mer Méditerranée, sans compter un immense empire colonial (de la Californie à l’Argentine), l’empereur Charles-Quint (Carlos Quinto chez les Espagnols), résolut de conquérir le Maghreb et d’y imposer sa domination pour plusieurs raisons économiques, politiques, religieuses et de prestige. Il avait deux solides adversaires sur sa route : le royaume de France gouvernée par François 1er, et l’empire ottoman de Sélim I, puis de Soliman le Magnifique.
D’ailleurs, ces deux grandes puissances s’étaient alliées pour mettre un frein à ses ambitions démeuserées. Une guerre continuelle devait les opposer pour le leadership dans cette partie sud de la Méditerranée. Entre-temps, les Turcs s’étaient installés en Libye, en Tunisie et en Algérie Le Maroc ? lui, était aux mais de la dynastie wattaside malgré les efforts ottomans de l’annexer à leur vaste empire.
Le gouvernement espagnol avait réussi à s’implanter sur les rivages maghrébins, occupant les villes maritimes sans exception, sauf Alger, qui devait recevoir l’aide des frères Arroudj et Kheireddine Barberousse empêchant les Espagnols de la prendre (1518). Vingt ans après, Charles-Quint prit la décision de venir lui-même l’envahir ; ce fut en octobre 1541, alors que la régence d’Alger était dirigée par le fils de Kheireddine, Hassan Agha, lucide et habile.
Historique de l’événement
Le 27 septembre 1538, un grand amiral de la flotte impériale, Andrea Doria à la tête de la flotte chrétienne venait d’être vaincu par les navires ottomans pourtant deux fois moindres que les siens. Entre 1539 et 1540, Charles Quint négocie séparément avec Barberousse, dans l’espoir de neutraliser la menace qu’Alger et ses raïs font peser sur sa flotte en Méditerranée occidentale sans résultats. Dès lors, fort de son succès acquis à Tunis en 1535, Charles Quint décide d’attaquer Alger et d’en finir avec la base opérationnelle de Barberousse. Il faut pour cela réunir de puissantes troupes et de nombreux navires. Comme d’habitude, les tractations entre les partenaires et les problèmes logistiques retardent la constitution du corps expéditionnaire. Au mois de septembre, Andrea Doria tente de convainctre cet empereur d’entreprendre l’opération à une date aussi tardive, lui conseillant d’attendre le printemps. Mais avec obstination, Charles-Quint poursuit son projet. Hormis la France, toute la Méditerranée occidentale fera partie des forces chrétiennes dont la préparation fut confiée en Espagne à Hernan Cortes, le conquérant du Mexique. Les vice-rois de Sicile et de Naples se voient confier les mêmes tâches en Italie. Deux cents navires embarquent 6 000 allemands ainsi que 5 000 Italiens. Cent cinquante navires embarquent les Espagnols à Naples et en Sicile, deux cents autres apportent d’Espagne, artillerie, munitions et un millier de fantassins et de cavaliers. Les galères de Gênes, de Sicile, de Naples, de Monaco se joignent à la flotte ainsi que quatre des chevaliers de Malte sous les ordres du Grand Prieur d’Allemagne, portant leur nombre à 65.
L’armée forte de 22 000 hommes est commandée par le fameux Duc d’Albes, la flotte comportant 450 navires et 65 galères manœuvrées par 11 000 marins sous les ordres d’Andrea Doria, Charles-Quint, lui, assumait le commandement suprême de cette nombreuse armée.
Débarquement de l’expédition impériale
Regroupée à Majorque, puis retardée par le mauvais temps, ce n’est que le 20 octobre que « l’Armada » se présenta devant Alger. En l’absence de Barberousse qui s’est rendu à Constantinople, la ville est sous le commandement de Hassan Agha son lieutenant. Au lever du jour, la baie était couverte de navires. Bien que surpris par l’importance de la flotte ennemie, Hassan Agha était confiant et croît en la victoire, il avait renforcé les fortifications de la ville. Le temps était calme, les navires ennemis s’approchent de la côte et mouillent à l’est d’Alger près de l’embouchure de l’oued El Harrach. Le 23 octobre, les premières troupes légères sont mises à terre sous la protection de l’artillerie des nefs. Dès que la plage est tenue, c’est au tour de l’infanterie lourde d’y prendre pied : infanterie espagnole, allemande, puis les régiments italiens débarquent à leur tour, suivis de la cavalerie et de pièces d’artillerie de campagne. Dès le lendemain, le corps expéditionnaire se met en marche vers la ville. Le plan initial des impériaux est de l’envelopper par le sud, d’appuyer cet encerclement terrestre par un bombardement naval contre le port et les fortifications puis de donner l’assaut aux trois portes : Bab Azoun, Porte Neuve, Bab El Oued. Charles-Quint observait et dirigeait la manœuvre, depuis, cette hauteur est connue sous le nom de Fort l’Empereur.
Le siège d’Alger Et l’orage imprévisible
Les troupes campèrent sous les hauts murs, et le siège de la ville débuta ainsi. Brusquement, le temps se mit à l’orage et la pluie à tomber sans discontinuer pendant toute la nuit, si bien que le 25 octobre au lever du jour les troupes d’agression sont trempées, transies et fatiguées par le harcèlement auquel elles ont été soumises de la part des Algérois. La garnison d’Alger profite du piteux état des troupes impériales pour faire une audacieuse sortie. Les arquebuses étaient inutiles car les mèches et la poudre étant mouillées, face aux arbalètes des défenseurs algérois.
Le choc est terrible et les chevaliers de Malte, épaulés par les Italiens, résistent bien. Les Algériens ferment la porte de Bab Azoun et accablent les assaillants sous une pluie de projectiles d’artillerie, d’arquebuses et d’arbalètes. Les chevaliers de Malte conduisèrent l’assaut, L’artillerie de campagne ramenée d’Europe n’a eu aucun effet sur les fortifications. Mais un certain porte-étendard chrétien, orgueilleux, planta alors sa dague dans la porte en criant : « Nous reviendrons. » Une nouvelle sortie des assiégés bouscule les troupes italiennes du fameux prince Colonna, et ses trois compagnies sont mises à mal. Les chevaliers de Malte tentent de protéger la retraite générale et seule l’intervention des lansquenets espagnols avec l’empereur à leur tête évite la déroute totale. La journée est perdue, les pertes italiennes sont graves et les assiégeants durent se replier pitoyablement.
La pluie n’avait toujours pas cessé, elle tombera pendant près de 60 heures et un terrible vent soufflant du nord-est se mit de la partie déclenchant une grande tempête en mer.
Naufrage de la flotte impériale
La situation en mer était devenue dramatique. Mouillés devant une rade ouverte, les navires sont sans protection contre les vents furieux et la mer qui rapidement se creuse et devient énorme.
Les galères les plus proches du rivage ne tiennent pas, quinzed’entre elles sont jetées à la côte, les naufragés sont aussitôt attaqués sur la plage par les troupes algériennes. Au large, les vaisseaux et les navires de transport tanguent et sont également drossés sur la plage, d’autres abordent ceux dont les ancres ont mieux tenu et coulent au milieu de la tourmente.
Les pertes s’élèvent au moins à 86 bâtiments dont 40 à 50 grands vaisseaux. Andrea Doria, le général espagnol pour sauver l’essentiel de l’Armada donne l’ordre d’appareillage, le 26 octobre. Ce qui reste de la flotte mouillera sous l’abri précaire de cap Matifou péniblement. Pour les soldats à terre, privés de ravitaillement et de secours, trempés, affamés, épuisés par le manque de sommeil, souvent blessés, le moral est au plus bas ; l’heure de la retraite a sonné. Charles Quint, dépité, en donne le signal le 27 octobre. Mais pour se réembarquer sur les vaisseaux et les transports maintenant mouillés il faut longer la côte en butte au harcèlement permanent des habitants et franchir les oueds transformés par les pluies en torrents impétueux. Hassan Agha choisit de laisser aux troupes supplétives la charge d’attaquer l’armée impériale en retraite. Celle-ci abandonne une grande partie de ses bagages et de son artillerie de campagne sur place.
La défaite devant Alger imprenable
La retraite sera dure, longue et difficile, elle durera longs trois jours. Deux contraintes majeures se trouvent sur le chemin des agresseurs européens. Le premier est l’oued El Harrach dont le cours gonflé par les pluies est devenu infranchissable à gué. Pendant que les débris des navires jetés à la côte sont récupérés par les impériaux pour construire un pont, ils sont constamment attaqués par les Algérois. Beaucoup de chevaliers de Malte y laisseront la vie. Le lieu de la bataille est une gorge étroite qui fut nommée le « Tombeau des Chevaliers ». La pluie ayant cessé, les troupes chrétiennes finissent par franchir l’obstacle, mais avant d’atteindre cap Matifou elles devaient aussi franchir l’oued El Hamiz qui est sorti de son lit et dont les berges sont marécageuses. Les cavaliers et les fantassins s’y embourbent, mais la flotte mouillée à peu de distance vient apporter son aide. Toutefois, environ deux mille cadavres ennemis jonchent le sol.
Charles-Quint décida de rembarquer. Mais la flotte a perdu de nombreux navires de transport. On laissera à terre tous les chevaux, mais cela ne suffit pas car il faut aussi laisser sur les plages plus de huit mille hommes qui seront pris et finiront comme esclaves. Enfin, Charles-Quint ne ramena en Espagne que la moitié de ses nombreuses troupes.
A Alger, c’étaitl’allégresse totale, la victoire est considérée comme un don de Dieu, et l’horrible tempête qui a eu raison des agresseurs comme le résultat des prières des habitants. L’imaginaire populaire en restera à jamais marqué car ce fut une décisive et mémorable victoire.
11-08-2008
Mihoubi Rachid
