Rapport Goldstone : « Une feuile de route pour tous ceux qui défendent la justice dans le monde »
lundi 8 février 2010
Sans surprise, Israël a refusé publiquement, fin janvier, de cautionner le rapport Goldstone sur les crimes de guerre, voire les crimes contre l’humanité, commis lors de l’opération « Plomb durci » lancée contre la bande de Gaza en décembre 2008-janvier 2010. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a mis en doute, vendredi 5 février, la crédibilité des enquêtes diligentées par Israël et le Hamas, aussi visé par le rapport. Verra-t-on un jour les crimes d’Israël punis par la Cour pénale internationale (CPI) ? Haytham Manna, porte-parole de la Commission arabe des droits humains, tape du poing sur la table et fait un point pour Saphirnews.
Saphirnews : Quelle est le travail entrepris par la Commission arabe des droits humains dans le rapport Goldstone ?
Nous avons finalement obtenu une majorité au Conseil des droits de l’homme (qui a approuvé le rapport en octobre dernier, ndlr). Le juge sud-africain Goldstone, avec une équipe plurinationale et multiconfessionnelle, a mené cette mission en toute transparence. Nous avons participé à une réunion de discussion très constructive avec lui, en présence d’autres ONG (trois mois avant la publication du rapport, ndlr).
Il nous a même proposé d’organiser une séance publique d’écoute des victimes et des témoins palestiniens. Une idée originale dont j’ai tout de suite fait part à Al-Jazeera, car le Conseil des droits de l’homme travaille d’habitude avec beaucoup de discrétion.
Israël a une fois de plus rejeté le rapport fin janvier…
Je crois que les politiques, en général, ont toujours essayé, au nom de l’immunité diplomatique, d’échapper à la justice quand ils font l’objet d’accusations. Les criminels israéliens ne font pas exception.
Seulement, ils font face à une soixantaine de rapports bien documentés d’ONG du monde entier, qui montrent, preuves à l’appui, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qu’ils ont commis. Il n’est pas facile de démentir l’armada juridique et c’est pour cela que les Israéliens essayent par tous les moyens de ne pas collaborer.
Goldstone est un juge honnête, connu et reconnu pour ses positions, qui vont au-delà de toute appartenance religieuse ou nationaliste, pour ses positions contre l’apartheid en Afrique du Sud, pour son travail en ex-Yougoslavie. Il a une notoriété internationale et une honnêteté intellectuelle qu’on ne peut remettre en cause.
Que va-t-il advenir du rapport sachant que les États-Unis sont contre et que l’UE a décidé de botter en touche ? Sera-ce un rapport de plus jeté à la poubelle ?
Une quarantaine d’Etats, qui ont ratifié le statut de Rome tels que la Bolivie, le Venezuela, l’Afrique du Sud et le Sénégal, soutient notre démarche. Pour nous, militants des droits de l’homme, pas de paix sans justice ! On ne peut pas parler de paix tant qu’il y a des victimes, des crimes qui se perpétuent et des criminels en liberté.
Pensez-vous que la CPI prendra l’initiative d’ouvrir une enquête à l’encontre des criminels de guerre israéliens comme le recommande le rapport ?
Tout ce que le procureur a demandé, il l’a obtenu ces derniers mois : des données fournies par les ONG, les preuves des crimes commis par Israël, des soutiens de pays. Ocampo doit être désormais prêt à saisir la CPI. S’il ne le fait, il y a une demande d’adhésion de l’Autorité palestinienne à la CPI qui doit être prise en compte.
Son seul obstacle serait l’intervention politique des opposants au rapport Goldstone. Il y a des ennemis à cette procédure mais aussi de la CPI qui n’ont pas envie de l’existence même de ce tribunal comme le gouvernement américain, qui n’a jamais ratifié le statut de Rome (de la CPI, ndlr) et qui a même retiré sa signature sous George W. Bush.
Barack Obama pourrait-il éventuellement changer quoi que soit à ce sujet ?
Parmi les pays arabes, seuls Djibouti, les Comores et la Jordanie l’ont ratifié, ce qui montre que les États arabes sont mécontents de l’attitude négative de la CPI en ce qui concerne les crimes perpétrés en Irak, au sud-Liban et en Palestine.
A mon avis, le dossier du Soudan (accusé par le CPI de génocide au Darfour, ndlr) et l’absence de réaction sur les crimes commis à l’égard de populations arabes les a refroidis. On doit sortir de la logique d’une justice sélective qui profite aux plus forts à une justice universelle capable de juger tout le monde.
Mais beaucoup d’États arabes ne se sont pas prononcés clairement et ouvertement pour le rapport. N’est-ce pas plutôt dû en partie à leur proximité avec les États-Unis ?
Vous soulignez le fait que les lobbies pro-israéliens et pro-américains sont puissants. Comment faire justement pour contrebalancer leur pouvoir ?
Vous avez vu le documentaire « Gazastrophe ». Pourrait-il être utilisé comme une éventuelle pièce à conviction auprès du CPI ?
Le rapport Goldstone préconise aussi une enquête au sujet de possibles crimes de guerre commis par le Hamas. Le droit à la résistance légitime a-t-il été souligné ?
Le problème, aujourd’hui, est que beaucoup croient que le rapport a mis victimes et bourreaux dans le même panier. Ce qui n’est pas vrai. C’est l’un des meilleurs rapports sur les crimes commis pendant l’opération. Surtout, le juge n’a pas accepté de respecter le mandat donné, à savoir juste rapporter des crimes qui ont eu lieu sur les 22 jours de conflit à Gaza. Les crimes d’Israël ont commencé bien avant. Le rapport Goldstone est une feuille de route pour tous ceux qui défendent la justice dans le monde.
