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Une militante des droits de l’homme en Tchétchénie a été assassinée

jeudi 16 juillet 2009

Infatigable militante des droits de l’homme, Natalia Estemirova a été retrouvée morte mercredi 15 juillet en Ingouchie, dans le Caucase russe, quelques heures après l’annonce de son enlèvement à Grozny. L’organisation Memorial, pour qui elle collaborait, accuse le président tchétchène, Ramzan Kadyrov, d’être responsable de cet assassinat. Natalia Estemirova dénonçait depuis plusieurs années les exactions commises par le régime tchétchène.

Natalia EstemirovaIl était 8 h 30, mercredi, lorsque Natalia Estemirova, 50 ans, quitte son domicile de Grozny pour se rendre au bureau de Memorial, situé au centre-ville de la capitale tchétchène. La militante est embarquée de force dans une petite voiture blanche. Elle aurait crié à l’enlèvement. Le silence de son téléphone portable a inquiété ses proches, qui se sont rendus chez elle et ont interrogé les voisins. En fin d’après-midi, son cadavre portant des plaies à la tête et à la poitrine était retrouvé près de Nazran, en Ingouchie, république voisine de la Tchétchénie. Il gisait dans la forêt à cent mètres d’une autoroute.

L’assassinat de Natalia Estemirova n’est malheureusement pas une grande surprise. Régulièrement menacée, elle recensait les exactions commises par les autorités tchétchènes. Proche de la journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006, elle l’accompagnait lors de ses reportages en Tchétchénie. Le bureau de Memorial, installé dans un appartement de Grozny, est une ruche où se succèdent en permanence victimes, avocats, militants, journalistes de passage. Natalia Estemirova y régnait, jonglant d’un dossier à l’autre, racontant inlassablement les détails d’un enlèvement ou d’un meurtre. Quelques jours avant sa disparition, elle rendait public le cas d’une jeune femme, épouse d’un "rebelle", tuée par des policiers sans raison apparente.

Natalia Estemirova se savait menacée. Selon des proches, un responsable de l’administration présidentielle tchétchène lui aurait fait récemment comprendre que son travail "ne plaisait pas". Dmitri Mouratov, rédacteur en chef du journal Novaïa Gazeta, expliquait mercredi : "Je lui avais dit ’va-t’en au plus vite, ils peuvent agir sans contrainte contre toi.’" Dès l’annonce de sa mort, la responsabilité du président Kadyrov a été évoquée. Pour Oleg Orlov, directeur de Memorial, l’assassinat est une "exécution extrajudiciaire". "Je ne sais pas si Ramzan Kadyrov l’a personnellement ordonné, mais les autorités tchétchènes sont derrière cet assassinat", a-t-il affirmé à Radio Liberté.

L’enlèvement et l’exécution, en plein jour, de Natalia Estemirova mettent en lumière l’impunité dont jouissent les exécutants, alors que la Tchétchénie n’est plus pour Moscou une "zone d’opération antiterroriste" depuis avril, après dix ans de régime spécial. Mercredi soir, le président russe, Dmitri Medvedev, se déclarait "outré"par l’assassinat, tandis que l’homme fort de Grozny annonçait qu’il allait "personnellement superviser" l’enquête sur la mort "inhumaine"de Natalia Estemirova…

A l’étranger, l’Union européenne appelle Moscou à "faire ce qu’il faut" pour trouver les responsables. "Combien faut-il d’Estemirova et de Politkovskaïa pour que les autorités russes protègent"les défenseurs des droits de l’homme, s’est interrogé Terry Davis, secrétaire général du Conseil de l’Europe. Natalia Estemirova avait reçu pour son engagement militant un Prix du Parlement suédois, la médaille Robert Schuman du Parlement européen et avait été en lice pour le prix Sakharov. Elle avait été la première récipiendaire du prix Anna Politkovskaïa.

La mort de Natalia Estemirova constitue un défi pour Dmitri Medvedev. Le président russe se veut le chantre de l’Etat de droit depuis son arrivée au Kremlin. Un engagement qui n’a pas permis d’éviter l’assassinat de l’avocat et militant Stanislav Markelov et de la journaliste Anastasia Babourova en janvier, en plein jour, à Moscou, tandis que les responsables des meurtres de plusieurs militants sont, encore aujourd’hui, impunis. C’est notamment le cas de Galina Starovoitova, assassinée en 1998 ; du journaliste Paul Klebnikov, tué en 2004 ; et d’Anna Politkovskaïa.

Un nouveau procès pour l’assassinat de la journaliste devrait s’ouvrir à Moscou, mais ne concerne que des exécutants.

Alexandre Billette

Voir en ligne : LE MONDE

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